COUP DE COEUR – “Le jaune et le noir” de Tidiane N’Diaye

Christian Deslandes revient sur son coup de cœur du moment, “Le jaune et le noir” de Tidiane N’Diaye.

“Ce livre se lit comme un roman d’actualité. Le contenu est captivant, fait réfléchir, car il décrit une réalité : comment l’Empire du Milieu recolonise l’Afrique.

La démonstration s’appuie tout d’abord sur l’histoire. En effet, les relations entre la Chine et l’Afrique datent d’avant notre ère. Elles se sont intensifiées au 15ème siècle avec les missions chinoises. Mais, coup de théâtre, l’auteur rappelle que les Chinois ont aussi pratiqué la traite des noirs. Ainsi qu’il le dit, “l’histoire atteste qu’il y avait bel et bien des esclaves noirs sous les Song, en Chine du Sud.” (p. 23)

Dans un second temps, l’auteur apporte son éclairage d’économiste pour analyser la stratégie actuelle de Pékin. Il s’agit ni plus ni moins d’un pillage des ressources et des territoires africains. Cette stratégie commerciale chinoise néocoloniale est pensée et organisée par Pékin. La République Populaire de Chine s’appuie bien sûr sur sa puissance financière et sur sa position à l’ONU. Mais Tidiane N’Diaye avance aussi que le développement de la coopération militaire et l’implication de la Chine à des opérations de maintien de la paix sur le continent africain ne relève pas que de la solidarité internationale et s’inscrirait dans cette stratégie. Élément qui fait réfléchir, tout de même.

L’auteur, enfin, dénonce les conséquences sociales néfastes d’une telle politique : destruction des économies locales et des emplois pour les africain-e-s, contribution au développement d’une prostitution importée de Chine, soutien aux dictatures, etc. Résumons avec l’auteur : la Chine ne laisse “à ces populations aucun espoir que rien ne change.” (p. 92)

Aussi, lorsque la Chine invoque un “principe de solidarité [et] présente sa coopération avec les pays africains comme une forme de partenariat entre nations en retard et historiquement dominées” (p. 92), nous pourrions nous croire, avec un peu d’imagination (ou de mémoire), revenus à la politique de non-alignement pratiquée par la République Populaire de Chine du temps de Shou En Lai.

Le livre se termine sur une note positive. Il souligne la prise de conscience qui se manifeste, parfois violemment, de la part des populations africaines ; mais l’auteur rappelle également les réactions de dirigeants de certains pays africains.

En conclusion T. N’Diaye donne le ton pour l’avenir. S’il veut éviter ce nouveau néocolonialisme, “le continent noir doit considérer la Chine comme un partenaire à l’égal des autres et harmoniser ses différentes coopérations” (p. 153). Autrement dit, dirigeants africains, à vous d’agir.

Un livre à lire sans attendre, pour mieux comprendre les rapports actuels et futurs entre le continent africain et la Chine.

Paru chez Gallimard, collection « Continents noirs », 18,50 €.

Lire aussi l’article de Benjamin Augé, chercheur à l’Institut Français des Relations Internationales, Le Monde du 16 août 2013.

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